Arbitrage : La cause du féminin

25/06/2025
À l’initiative de La Poste, un comité « Femmes et arbitrage » a été créé l’été dernier afin d’échanger entre ses quatre fédérations de sports collectifs partenaires (basket, football, handball, rugby) sur la féminisation de l’arbitrage. Les problématiques sont communes ; les solutions aussi.

La veille de la dernière finale de Top 14, juste après la remise des maillots au corps arbitral, Aurélie Groizeleau partage un moment dans les travées du Vélodrome de Marseille avec Jean-Raphaël Gaitey, responsable des partenariats sportifs et de la communication « sportifs de haut niveau » de La Poste. L’opérateur de services est sponsor de l’arbitrage depuis 18 ans du rugby, mais aussi celui du foot, du basket et du hand. Jean-Raphaël Gaitey est accompagné des jumelles Bonaventura, Charlotte et Julie, à quelques semaines des Jeux olympiques de Paris 2024 qui ont clôturé leur carrière.

C’est donc lors d’une conversation anodine autour d’un verre que l’idée d’un travail commun avec les quatre fédérations est née, comme l’explique Aurélie Groizeleau  : « Cette idée s’est concrétisée trois mois plus tard avec une première réunion pour faire un état des lieux, connaître nos forces et faiblesses pour pouvoir s’inspirer de ce qui marche ailleurs », résume la première arbitre internationale française, parfaitement dans son autre rôle de responsable de la féminisation de l’arbitrage comme l’est l’autre membre de la FFR représenté, Stéphane Guillot-Demontoux, responsable national de la formation des arbitres.

Avec seulement 209 arbitres féminines, soit 5,82 % du contingent, au 15 mai 2025, le rugby est juste devant le foot, mais loin derrière ses homologues de sports en salle (voir encadré). Jean-Raphaël Gaitey  : « L’idée est donc de mettre en commun les expériences, les tests qui ont été faits, les décisions qui ont été prises par les institutions, fédérations, syndicats ou associations d’arbitres, échanger sur les bonnes pratiques et déminer les difficultés auxquelles elles peuvent être confrontées. »

Le 4 septembre, lors des étrennes du comité, après l’état des lieux de chaque fédération, les différentes stratégies de recrutement ont d’abord été exposées avant un échange riche sur l’arbitrage et la maternité. Comme à chaque réunion, un intervenant a raconté son expérience. Mère de deux enfants et arbitre centrale de l’Arkema Première Ligue, Romy Fournier a aussi proposé quelques recommandations applicables dans toutes les fédérations.

Et c’est bien l’objectif de ce comité, comme le souligne Olivier Bischoff, en charge de la préparation et de l’animation de ces réunions  : « Les problématiques sont communes de manière générale, les solutions aussi. Toutes les fédérations sont confrontées à un problème de déficit structurel du nombre d’arbitres ; il faut donc travailler sur le recrutement, un axe prioritaire aujourd’hui. »

Accompagner individuellement les femmes arbitres

Le problème de la fidélisation en est un autre. Il faut donc assurer un engagement pérenne, durable car beaucoup de primo-accédants à l’arbitrage abandonnent à l’issue de leur première année d’exercice de magistrat. Spécialiste de la thématique depuis plus de vingt ans, à l’origine avec Jean-Raphaël Gaitey des partenariats avec les quatre fédérations, Olivier Bischoff est conscient de l’ampleur du chantier, confirmée par les voix du foot et du rugby, qui partagent le même taux de non-renouvellement après une première saison.

Aurélie Groizeleau, qui a été désignée au passage arbitre de champ lors de la prochaine Coupe du monde en Angleterre, constate  : « On recrute, mais au bout d’un an, 50 % ne poursuivent pas l’aventure. La fidélisation est donc un thème aussi important que l’accompagnement et la valorisation de l’activité. Accompagner des arbitres féminines, ce n’est pas seulement parler de la règle, mais aussi des problématiques qui leur sont propres comme la gestion du stress, de la vie de famille, la grossesse ou les réactions à avoir devant un comportement sexiste ou misogyne. »

Et ce fut le thème de la seconde réunion le 20 novembre dernier. La FFR a mis en place des référents arbitrage dans chaque Ligue pour que ces femmes arbitres puissent être accompagnées individuellement. Aurélie Groizeleau  : « Quand il n’y a que deux filles sur un groupe de 20 jeunes arbitres lors d’une réunion, ce n’est pas facile pour elles de prendre la parole, surtout sur des problèmes spécifiques. On s’aperçoit que ce sont davantage des problèmes sociétaux et humains que sportifs. »

Ces problèmes concernent donc tout le monde, inclus les plus de 3,5 millions de licenciés que regroupent les quatre fédérations. Si toutes voient leurs effectifs de pratiquantes en hausse, l’arbitrage au féminin mérite un coup de boost qu’espère insuffler ce comité. Olivier Bischoff  : « L’idée est de savoir quels sont les leviers de motivation qui pourraient conduire les jeunes filles à arbitrer, quels sont les freins éventuels à la pratique, les difficultés rencontrées par celles qui exercent déjà, les sources de recrutement… autant de questions qu’on se pose et qu’on va poser dans le cadre de notre troisième réunion. »

Ce dernier a convié ce 3 juin Corentin Simon, un doctorant en sociologie qui a travaillé sur l’approche genrée du sport et de l’arbitrage, notamment dans le basket et le rugby. Une nouvelle session qui s’annonçait constructive autour du recrutement des futurs sifflets des quatre disciplines, comme l’explique Aurélie Groizeleau  : « Comment donner envie à des mineures de prendre le sifflet  ? Voilà une problématique bien commune à tous ces sports. On pense à jouer, à entraîner mais l’arbitrage, c’est beaucoup plus rare. On a donc eu cette réflexion sur la façon de créer cette vocation. »

La représentante du rugby espère par exemple trouver des solutions ou des pistes à suivre chez le cousin du handball, bien mieux loti en nombre d’arbitres féminines  : « Un exemple  : la FFHB a mis en place des dispositifs qui facilitent le retour au jeu après une maternité. Je pense que c’est une expérience dont tous les autres sports peuvent s’inspirer. » Après neuf mois d’existence et trois réunions, il est encore un peu tôt pour que les bonnes pratiques des uns profitent aux autres. Mais Olivier Bischoff est satisfait de la direction empruntée par le comité  : « Nous ne sommes pas là pour nous substituer à la direction technique de l’arbitrage des fédérations et prendre des décisions à leur place. »

Il y a des animations avec un cercle de réflexion duquel doivent résulter des actions et des réalisations concrètes. Il poursuit  : « Nous pouvons suggérer de creuser des sillons, on maîtrise bien les problématiques de communication. Il faut casser les représentations mentales gravées dans l’imaginaire collectif, c’est-à-dire que l’espace de l’arbitrage est quand même communément attribué aux hommes. » En plus d’être vertueuse, cette initiative est totalement inédite, comme le rappelle l’animateur de ce comité  : « Je pense qu’on a créé un précédent en rassemblant autour d’une table des représentants des quatre fédérations. Un vrai tour de force mais il faut prendre le temps de mettre les choses en place. »